Qu’est ce que le Credit Score à l’américaine & comment est-il calculé ? Quels sont les avantages mais aussi les risques et dérives d’un système qui s’impose peu à peu mondialement ?

Aux USA & au Canada, tout le monde est soumis au Credit Score pour obtenir le moindre crédit. Bien plus intrusif et complet que le scoring financier à la française (qui souvent est en grande partie déclaratif), le credit score version US épluche méthodiquement la vie des gens et représente la note du système vis à vis de chaque citoyen…

Le Credit Score est régulièrement envisagé en France comme une solution à de nombreux problèmes d’accès au crédit, comme par exemple Emmanuel Macron qui voudrait étudier la possibilité d’un déploiement. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Un principe de base simplissime.

Alors, comment marche ce système de notation qui est fondamental en Amérique du Nord pour obtenir un crédit ou un logement ?

DIS-MOI COMBIEN TU PEUX EMPRUNTER, JE TE DIRAI QUI TU ES

L’idée générale du Credit Score est d’associer une note globale financière à un numéro de sécurité sociale. La note globale, synthèse d’une inspection complète des finances d’un individu, représente son sérieux et sa capacité à emprunter – les deux concepts étant profondément liés chez les nord américains.

Le système pense à tout pour que la note soit pertinente, et prend en compte 3 grandes catégories de métriques :

  1. Temps : est-ce que ce citoyen « participe » depuis longtemps à l’économie ?
  2. Incidents : est-ce que ce citoyen a du mal à rembourser ?
  3. Montants : la personne est-elle capable de faire face à un prêt important (immo) ?

Les 3 éléments se recoupent. Ainsi ne comptez pas avoir un bon crédit score juste en prenant une carte Visa de crédit et en remboursant sagement vos dépenses. Non non, cela voudrait dire que vous ne participez pas au système – les sommes sont trop basses. Ne comptez pas avoir un bon crédit score avec uniquement une carte de crédit, c’est juste un paramètre parmi d’autres.

FICO, la formule magique du Credit Score.
Le système de « score » est établi par un algorithme inventé (et amélioré) par Bill Fair et Earl Isaac et ils reçoivent des dividendes pour l’usage de leur formule. Et officiellement, cela s’appelle de la gestion décisionnelle.

En revanche, si vous manquez un paiement d’une carte de crédit, êtes à découvert ou – pire – émettez un chèque sans provision, les pénalités sont sévères. Ne pas payer un crédit ou une somme due est un sacrilège pour les américains. Les jeunes français qui émigrent au Canada ou aux US se font souvent avoir : ils traitent l’argent à la légère alors que les américains ne plaisantent pas du tout avec ça. Un découvert en fin de mois n’est pas acceptable et sera pénalisant. Et les aspects négatifs mettent des années à disparaître.

Pour avoir un bon Credit Score, il faut donc avoir des années de crédit remboursés + de grosses sommes empruntées et remboursées sans incident. Si vous avez plusieurs cartes de crédit, un prêt auto et un prêt immobilier et que vous remboursez tout ça sans problème, alors votre Credit Score va être très élevé, et les banques vont se battre pour vous prêter de l’argent, vous êtes alors un citoyen AAA.

Le cas « douloureux » des expats…

Les expatriés aux US et au Canada se rendent vite compte en arrivant qu’obtenir rapidement une carte de crédit est plus importante qu’en Europe. C’est même crucial d’en avoir vite une pour simplement s’installer. Pourquoi ? A cause d’une des aberrations du système : le cas des nouveaux venus n’est pas vraiment prévu. Quand on arrive, on a un Credit Score de 0, et ça veut dire que personne ne veut faire affaire avec vous. Concrètement, vous voulez un abonnement téléphonique ou un forfait internet pour la maison ? Pas possible sans Credit Score.

Le système est tellement basé sur la dette et les crédits que même si vous avez une montagne d’argent sur votre compte, pour le système ça ne compte pas et les sociétés vous refuseront leurs services. Une expérience étrange à vivre.

Or problème, pour avoir un Credit Score, il faut avoir des crédits – et en premier lieu une carte de crédit. Mais pour avoir une carte de crédit, il faut avoir un Credit Score. On tourne alors en rond. C’est la raison pour laquelle de nombreux expatriés choisissent HSBC, qui est une des banques les plus internationales et qui prend en compte l’historique français pour attribuer une carte de crédit. Pour les autres, ne pensez pas que les banques donnent si facilement une carte, surtout si vous n’avez pas encore trouvé de travail salarié – il faudra souvent se contenter d’une carte prépayée et attendre quelques mois avant de commencer à avoir une existence dans le système et un Credit Score minimum pour enfin prétendre au fameux sésame de la consommation moderne.

Une inspection méticuleuse de toutes les transactions financières…

Chose surprenante du système : il ne tient absolument pas compte du salaire ou des sources de revenus – ce qui serait très mal vu de demander. Rien que par les dépenses et les remboursements, le Credit Score permet d’identifier les citoyens avec la plus grande capacité d’emprunt et de consommation – après tout, a-t-on besoin de plus dans une société capitaliste ?

L’inspection comprend entre autres : toutes les demandes de prêts quelque soit l’organisme créancier sur les dernières années, si les paiements se sont bien déroulés comme prévu, si le compte en banque est régulièrement alimenté, les habitudes de paiement, les retards éventuels, le détail de toutes les cartes en votre possession (carte visa, de crédit, mais aussi de grands magasins), les dernières adresses physiques connues, les dossiers de surendettement ou de faillite éventuel… tout ça associé au numéro de sécurité sociale.

Le tout passe dans une grande moulinette et donne un algorithme précis qui va sortir un pavé d’une bonne dizaine de pages. Et un graphe pour résumer votre score :

credit-score

C’est ce graphe qui va décider si vous avez le droit ou non à un prêt ou un crédit, même modeste.

Et concrètement, ça ressemble à quoi ?

Notez que le % de population dans chaque grande tranche est indiquée. 1/3 des gens auront de sérieuses difficultés à trouver un logement ou obtenir un crédit, ou auront des crédits mais avec des taux très élevés. Dans la « vraie vie », le banquier fronce le sourcil pour tout score en dessous de la barre des 760.Viennent en premier les cartes de crédit, et de grands magasins, empilées les unes sous les autres, avec la limite de crédit, le solde actuel, les derniers remboursements et les éventuels retards de paiement.

Puis carrément le compte bancaire avec la limite actuelle / solde. Le demandeur du score saura vraiment tout !

Ensuite toutes les dépenses en paiement récurrent, comme le forfait de votre opérateur téléphonique.

Enfin, les registres publics – équivalent du fichage Banque de France ou FCIP ou du fichage par les banques – indique toutes les faillites personnelles ou autres jugements pouvant impacter l’octroi d’un prêt.

Il n’est pas rare qu’un rapport de Credit Score fasse une bonne dizaine de pages et c’est vrai qu’en les lisant, on a l’impression de connaître quasi-intimement la personne et son train de vie, ses habitudes…

Qui se sert du Credit Score ?

En Amérique du Nord, un individu peut demander son Credit Score à condition d’avoir son numéro de sécurité sociale, pour environ 20$ à des sociétés de gestion – comme Equifax.

On peut demander le credit score d’un tiers à condition d’avoir son autorisation. Ainsi, les banques vérifient le Credit Score avant de prêter la moindre somme et les propriétaires d’appartement vérifient aussi avant de louer, pour s’assurer que le locataire a les moyens.

En business également, on peut dans certain cas vouloir vérifier avec qui on s’apprête à faire affaires.

Votre note est votre réputation en matière de business.

Comme tous les systèmes centralisés, le bénéfice principal est la simplicité et la rapidité d’accès à une info qui permet d’accélérer les échanges et les transactions. Par exemple au Canada, un propriétaire vérifie votre Credit Score et si la note est bonne, vous signez le contrat de location dans la foulée, pas de dépôt de garantie, pas de garant : on retrouve le principe de la réputation. D’où l’obsession des particuliers pour leur Score. Il y a même de nombreuses compagnies dont l’objet et de coacher les gens pour redresser leur note et parvenir au minimum requis par une banque pour obtenir un prêt immobilier par exemple.

Dérives et problèmes de sécurité.

Ce fichier retrace pour le meilleur ou le pire toute la vie financière de l’individu, on y voit les désirs, les luttes, les malheurs. C’est aussi un système dur car centralisé – tout le monde vérifie ce fichier – impossible pour quelqu’un de récemment « sorti du trou » de facilement trouver de l’argent ou accéder à des services (tant mieux diront les plus cyniques).

Le piratage des données Equifax.
Un des problèmes posé par ces fichiers de scoring géant à l’échelle d’un continent, c’est évidemment la sécurité, et un des gros bureau de Credit Score nord-américain en a fait les frais avec un piratage massif qui a compromis les données de 143 millions de personnes, en particulier le numéro de sécurité sociale – ce qui est un problème majeur puisqu’il y a un risque d’usurpation d’identité. Les pirates disposent aussi ainsi d’informations si personnelles (email, numéro de sécu, adresse, date de naissance, etc) qu’il leur est possible de monter des arnaques très avancées difficiles à déceler par les victimes.

Peut être les français en viendront-ils un jour à regretter la bonne vieille évaluation de la banque, « à la papa », avec une bonne partie déclarative.

Il y a aussi le problème du consentement. En effet, les organismes qui gèrent le Credit Score sont privés – ce n’est pas un système étatique. Or, personne n’a signé d’autorisation pour cela, la collecte a lieue via les vendeurs, les banques, les prestataires. Le citoyen ne peut pas refuser ou s’opposer à ce traitement de données personnelles. Et c’est en partie probablement sur ça que le Credit Score aura de la difficulté à exister en France – comment organiser le consentement, le traitement et la légalité du stockage d’informations privées qui soient conformes à la Constitution – la aussi peut être seront nous un jour enfin reconnaissant d’avoir cette protection.

Car les dérives plus probables se trouvent bien dans le screening des inscrits au fichier, en segmentant de plus en plus finement les citoyens et en croisant les données avec d’autres sources – y compris en tenant compte de leurs amis Facebook ou le résultat de votre test génétique qui vous semblait tellement drôle à faire – les compagnies peuvent désormais tellement affiner leurs segments et leurs pronostics qu’ils leur sera de plus en plus possible de refuser un service, une assurance ou l’accès aux soins à une partie de la population. « C’est normal » diront encore une fois les cyniques « les compagnies doivent faire de l’argent et c’est normal qu’elles évaluent leur risque par tous les moyens à leur disposition »… un changement d’époque et de culture apparemment, ou l’entraide sociale disparait du champ des possibles…

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