Le financement participatif (crowdfunding): une nouvelle façon de lever des fonds !

« Nous allons au Medef proposer une modalité qu’on appelle aux Etats-Unis le crowdfunding ».
Cest ainsi que s’est exprimée quelques jours avant l’élection présidentielle, le 3 mai 2012, Laurence Parisot, présidente du Medef, lors d’un entretien au Journal du Net (www.journaldunet.com/index-parisot.shtml).

financement crowdfunding

La patronne des patrons a précisé :
 » Nous voulons que tout entrepreneur puisse via internet s’adresser à des quantités d’investisseurs même modestes qui pourraient online mettre quelques milliers d’euros dans l’entreprise ».
Dans les faits, ce qu’on appelle généralement en France le financement participatif se développe depuis quelques années, mais depuis 2010 il progresse très rapidement, et depuis 2012 plusieurs plateformes de crowdfunding sont créées chaque mois. « Un Manifeste pour l’appui au financement participatif (crowdfunding) » signé par les principaux acteurs du secteur a d’ailleurs circulé au début 2012 et il a été porté à l’attention des candidats à la présidentielle.

Malgré une législation peu adaptée, puisqu’en France les banques détiennent légalement le monopole des opérations habituelles de crédit, les plateformes de financement participatif françaises auraient permis de réunir 6 millions d’euros pour soutenir 15.000 projets environ.
Cet engouement des internautes n’a pas échappé au Medef qui souhaiterait en faire un phénomène d’une toute autre ampleur comme ce qui se passe au Etats-unis. D’où l’intervention de Laurence Parisot.

Qu’est-ce que le financement participatif (crowdfunding) ?

Le « crowdfunding », c’est le financement « funding » par la foule « crowd ».  Il s’agit donc du financement par les internautes de tout type de projet (entreprise, production artistique ou culturelle, aventure personnelle, projets humanitaires ou écologiques, etc..). La mise en commun des apports individuels est facilitée  par le développement des réseaux sociaux et des communautés sur internet. On est loin du financement d’un projet par sa famille ou ses amis…

En France, le premier exemple structuré de campagne de crowdfunding basée sur l’utilisation d’internet est dû aux producteurs et entrepreneurs Guillaume Colboc et Benjamin Pommeraud de la société Guyom Corp., pour les besoins de la production de leurfilm Demain la Veille, en août 2004. Le court-métrage réalisé  par Julien Lecat et Sylvain Pioutaz, est en effet le premier film  financé par une souscription internet auprès du grand public. En échange de leur apport, les internautes avaient la possibilité de figurer au générique, d’assister au tournage ou de recevoir un DVD. La souscription connut un tel succès que près de la moitié du financement nécessaire à la fabrication du film avait été souscrit en quelques jours, alors que toutes les aides publiques avaient été refusées. Et cerise sur le gâteau, le film a reçu plus de 30 prix dans plus de 70 festivals internationaux…

Ce nouveau mode de production a été popularisé dans le domaine de la musique, par L’énorme succès rencontré par Grégoire, le premier artiste produit par le site My Major Company (MyMajorCompany.com).
Grégoire s’inscrit sur le site internet le 20  décembre 2007, et atteint en 21 jours les 70 000 euros alors nécessaires pour la production de son album Toi + Moi. Il devient ainsi le premier artiste produit par le public en France. Ses producteurs qui ont perçu des dividendes sur les ventes ne regrettent sans doute pas leur mise initiale, puisque l’album est devenu disque de diamant.

Comment ça marche ?

Pour rapprocher les porteurs de projet à la recherche de financement et les internautes prêts à participer au financement, des plateformes jouent le rôle d’intermédiaires. Ces  plateformes d’inter-médiation permettent au porteur d’un projet de le présenter en détail et de fixer le montant du  financement dont il a besoin. Elles déterminent également les montants minimum et maximum d’investissement et toutes les modalités du financement, ainsi que le cas échéant, du versement des dividendes acquis par les internautes.

Certaines plateformes peuvent également permettre à l’internaute de participer au processus de création du projet (crowdsourcing). Grâce à la révolution numérique, les internautes-créateurs font prévaloir leur culture en soutenant des projets qui sont hors des circuits traditionnels.

D’autres plateformes au contraire sélectionnent elles-même les projets qui leur semblent intéressants avant de les soumettre au public.

Le plus souvent en France, les projets ne sont réellement financés que si le montant fixé par le créateur est atteint dans un délai qui varie selon les plateformes. C’est la logique du système. Plus l’objectif fixé est atteint rapidement, plus le projet a des chances de marcher puisqu’il a l’adhésion des internautes investisseurs. On l’a vu avec le succès du chanteur Grégoire !

L’équilibre économique des plateformes.

En général, l’inscription est gratuite pour les créateurs de projets comme pour les souscripteurs, et les plateformes d’intermédiation se rémunèrent en prélevant une commission sur les opérations réussies. A cette commission s’ajoutent des frais de transaction en fonction du mode de paiement. Si un projet n’atteint pas la somme fixée au départ, les montants investis par les internautes leur sont alors reversés. Mais d’autres modalités peuvent être retenues par les plateformes.

L’équilibre économique du site nécessite parfois la facturation de services optionnels comme par exemple des aides à la mise en forme ou à la communication ou le partenariat avec des sociétés de production ou des banques. Cet équilibre économique peut être fragilisé par une gestion peu rigoureuse et peu transparente.  Ainsi en 2004, Spidart, un des sites pionniers dans le domaine musical  a été mis en liquidation judiciaire, causant un préjudice à la fois à ses salariés, et à certains artistes et contributeurs.

Les différents types de plateformes.

On peut distinguer les plateformes selon le mode de financement des projets proposés :

  • Financement en échange de contributions plus ou moins modestes en lien avec le projet (exemplaire du produit réalisé, photos…),  motivé par un esprit de sponsoring, comme pour la plupart des sites généralistes, Kisskissbankbank, Babeldoor, Mutuzz ou Ulule…
  • Financement sous forme de prêt remboursable sans intérêt, donc sans motivation de profit, comme Babyloan, qui finance des projets d’entrepreneurs dans les pays en voie de développement;
  • Financement en coproduction d’un artiste ou production artistique permettant aux souscripteurs d’entrer soit dans une logique de simple sponsoring (places en avant première de concert, bonus,…), soit dans une logique financière, comme c’est le cas pour My Major Company,spécialisé dans la musique, ou Tous Coprod, spécialisé dans la réalisation;
  • Financement de prêts rémunérés, comme FriendsClear ou Prêt d’Union qui bénéficient d’un agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP);
  • Financement en capital pour des entreprises à fort potentiel, comme WiSEED.

Pourquoi ça marche ?

Les projets proposés sur les sites ne pourraient pas être menés à bien faute de crédit accordé par les banques et autres fonds d’investissement, sans parler du coût du crédit dans les circuits classiques. Le plus souvent les projets encouragés par les internautes n’avaient suscité que des moues dubitatives de la part des banquiers. C’est l’avantage de la démocratie participative de faire naître des projets originaux auxquels les institutionnels ne croyaient pas.

Dans le financement participatif, l’internaute s’implique directement dans le projet qui lui plaît. Les raisons qui le motivent ne sont pas forcément d’ordre financier. Ce peut être pour favoriser un projet qui va participer au développement de son quartier ou de sa ville, pour soutenir un jeune qui entre dans le même métier et qui rencontre les difficultés qu’on a soi-même rencontrées à ses débuts, parce qu’on adore le projet ou… le porteur du projet, enfin les raisons sont infinies. Et si en plus cela rapporte, alors c’est formidable.

Et en effet, au-delà des motivations sociales ou éthiques, les plateformes de prêt par exemple, tournées vers le profit, proposent d’une part d’obtenir des prêts à des taux très compétitifs et d’autre part d’investir en obtenant un meilleur rendement qu’avec un livret d’épargne. Mais, avant d’investir, il convient toujours de vérifier que les sites de prêt ont un agrément ACP, et de s’informer sur les conséquences d’un de défaut de paiement des emprunteurs ou de faillite de l’entreprise. Par ailleurs, les investisseurs doivent savoir que le prélèvement forfaitaire libératoire sur les intérêts est de 39,50% au 1er juillet 2012.

A l’heure actuelle, ce sont les projets de réalisation de films qui suscitent le plus d’engouement, environ le cinquième des projets financés, avec des plateformes spécialisées comme Touscoprod,  suivis des projets portés par des musiciens. Mais les projets  de développement durable, d’écologie, ou humanitaires trouvent aussi leur public. Quant aux projets d’innovations technologiques  ils sont supportés notamment par les business angels (BA) qui sont en plein essor en France.

Le rôle des banques.

Ne pouvant pas contenir le mouvement de dématérialisation des opérations de banque  les groupes bancaires ont multiplié les offres d’online banking ces dernières années. De la même manière, ils ne peuvent pas se désintéresser des réseaux sociaux et des nouveaux usages des internautes en matière de crédit et donc du crowdfunding. C’est le cas par exemple de La Banque Postale ou du Crédit Agricole.

La Banque Postale s’est associée à KissKissBankBank, plateforme créée en 2010, pour encourager la réalisation de projets qui couvrent des domaines variés tels que l’art, la  culture, le journalisme, l’écologie, le sport, l’exploration,  l’éducation, la technologie…

Le  créateur présente son projet sur la plateforme de KissKissBankBank et fixe un montant à collecter en 90 jours  maximum. Si le montant est atteint ou dépassé, le créateur récolte les  dons auprès des donateurs.Dans le cas inverse, si l’objectif n’est pas atteint, les internautes ne sont pas  débités de leurs promesses de dons.
Le  créateur conserve tous les droits de son projet et  rétribue les internautes  grâce à des contreparties  personnalisées plus ou moins modestes, en fonction du soutien apporté (à partir de 1 euro).

Dans le cadre de son partenariat, La Banque Postale a mis en place un programme « Coup de Cœur La Banque  Postale » qui sélectionne tous les mois des projets pour les financer à  hauteur de 50 % de la somme nécessaire à leur réalisation.

www.kisskissbankbank.com/
www.kisskissbankbank.com/la-banque-postale

Le Crédit Agricole a signé en 2009 un partenariat avec FriendsClear, plateforme spécialisée dans le prêt, et notamment depuis 2010, dans le financement professionnel. Ce partenariat permet à FriendsClear de se developper tout en respectant les contraintes légales concernant les opérations de crédit.
Les demandeurs de prêt qui ont convaincu l’équipe de FriendsClear de la viabilité de leur projet,  ont ensuite 30 jours pour séduire les internautes afin d’obtenir un prêt de 3.000 à 25.000 € remboursable sur 3 ans. Les internautes peuvent sélectionner leur projet favori et y investir au minimum 100 €. Si le financement est acquis dans les délais, le prêt est accordé, mais toutes les transactions financières sont gérées par le Crédit Agricole et avec son accord.

www.friendsclear.com/

L’investissement au capital de PME.

Certaines plateformes sont résolument tournées vers le financement des startups innovantes et plus généralement des PME à gros potentiel. C’est le cas de  SmartAngels, créée  en septembre 2011 par des professionnels de l’investissement en capital, ou de WiSEED.

La société WiSEED est une société exerçant une activité de Conseiller en Investissements Financiers (CIF), telle que définie aux articles L541-1 et suivant du Code Monétaire et Financier.
Elle accompagne les internautes dans l’identification de start-up à fort potentiel en sélectionnant elle-même les porteurs de projets à l’aide d’outils d’analyse financiers et d’un réseau d’expert, avant de les proposer aux  investisseurs.
Mais comme pour toute activité de capital-investissement rien ne garantit la récupération par l’investisseur de sa mise de fond initiale.

www.wiseed.fr/

Les business angels (BA).

Anciens chefs d’entreprise ou cadres supérieurs chevronnés et détenant un patrimoine leur permettant d’investir au moins 5.000 €, voire 10 fois ou 100 fois plus, les business angels investissent leurs capitaux propres sous forme d’endettement ou de prise de participation dans des projets de start-up innovantes ou en général d’entreprises qui leur semblent prometteuses. Ils mettent gratuitement à disposition de l’entrepreneur, leurs compétences, leur expérience, et leurs réseaux de relations, sans parler de leur temps. Ce sont des passionnés de l’aventure entrepreneuriale qui tiennent à investir dans l’économie réelle.

Les business angels sont très organisés, avec leurs réseaux associatifs regroupés en fédération nationale qui organise toutes sortes de rencontres, et de stages de formation pour les entrepreneurs.

www.franceangels.org

Vers une évolution de la législation sur le prêt d’argent ?

Le code monétaire et financier précise que :

« Il est interdit à toute personne autre qu’un établissement de crédit d’effectuer des opérations de banque à titre habituel » (Article L511-5) .

« Les opérations de banque comprennent la réception de fonds du public, les opérations de crédit, ainsi que la mise à la disposition de la clientèle ou la gestion de moyens de paiement »  (Article L311-1).

En principe, seuls les prêts sans intérêt ne sont pas soumis à la règlementation bancaire.
Toutefois, lesprêts octroyés dans certaines conditions par des associations sans but lucratif pour la création et le développement d’entreprises, par des chômeurs ou des titulaires de minima sociaux, échappent à l’interdition, mais elles ne peuvent pas faire appel public à l’épargne. C’est le cas de l’ADIE par exemple.

Dans le Manifeste pour l’appui au financement participatif (“crowdfunding”) du 20 février 2012, les signataires reconnaissent la nécessité d’une information transparente et accessible donnée aux épargnants quant au risque de non remboursement qu’ils prennent dans le cadre de prêts (rémunérés ou non) ou de fonds propres et quant au suivi des projets. Ils proposent toutefois de faciliter et d’adapter la législation à un financement de petits montants individuels, et de permettre aux plateformes d’intermédiation de rester des acteurs neutres, favorisant seulement la mise en relation entre le projet et ses financeurs, sans exiger des opérateurs des niveaux d’information inadaptés et freinant en pratique le développement des projets.

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,

    Je suis très intéressé par votre article car je suis personnellement en phase de validation d’un modèle économique pour une société qui souhaite se lancer dans le financement participatif.

    Vous écrivez que « En principe, seul les prêts sans intérêt ne sont pas soumis à la réglementation bancaire ».
    Dois-je comprendre que cela permet de s’affranchir d’un adossement spécifique à une banque? Que la société peut alors fonctionner comme un site de e-commerce classique?

    Merci d’avance, Yann

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